lun
01
mar
2010
Quand les antibiotiques rendent obèses
Entre deux maux, il faut toujours choisir le moindre, c'est bien connu. Alors, les patients qui souffrent d'endocardite infectieuse (une inflammation de l'endocarde, tissu qui tapisse la face interne du coeur et qui atteint les valves cardiaques) n'ont guère le choix. Il faut d'abord venir à bout de cette infection grave. Mais les antibiotiques (en l'occurrence la vancomycine), alors administrés, à forte dose et pendant une longue période, sont responsables d'une prise de poids importante, voire du développement d'une obésité. C'est ce que montre une étude française publiée dans PLoS One .
Franck Thuny, de l'unité de recherche sur les maladies infectieuses et tropicales émergentes à l'université de la Méditerranée, à Marseille, et ses collègues rappellent que les antibiotiques comme l'avoparcine (un analogue de la vancomycine) et des probiotiques, comme des espèces de Lactobacillus, ont longtemps été donnés aux animaux d'élevage pour augmenter leur poids. D'où leur envie d'évaluer, chez l'homme, plus exactement chez les patients traités pour une endocardite infectieuse, l'impact de la consommation d'antibiotiques comme la vancomycine sur la balance. Leur étude a comparé 48 adultes souffrant d'une endocardite infectieuse à autant de sujets contrôles (sains ou prenant d'autres antibiotiques). L'indice de masse corporelle des premiers a augmenté de 2,3 kg/m2 en moyenne, pas celui des autres.
Le gain de poids était particulièrement important chez les hommes de plus de 65 ans n'ayant pas fait l'objet d'une chirurgie cardiaque, précisent les auteurs. Les trois patients de cette catégorie ayant reçu la vancomycine plus de la gentamicine ont développé une obésité. Les chercheurs vont maintenant tester l'hypothèse selon laquelle l'effet de la vancomycine sur la prise de poids serait lié à la prolifération dans l'intestin de Lactobacillus, ce type de micro-organisme étant intrinsèquement résistant à la vancomycine et ayant été retrouvé à de fortes concentrations dans les selles de patients obèses. Ils suggèrent la mise en place de programmes nutritionnels et du suivi du poids chez les malades traités par la vancomycine, en particulier ceux ayant des antécédents de pathologies cardiaques.
Anne Jeanblanc

