lun.

12

avril

2010

Paul Watson, écoguerrier des mers

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La pêche au thon rouge continue, mais la saison s'annonce mouvementée. A la mi-mai, date de l'ouverture de la campagne, Paul Watson et son escouade d'"écoguerriers" partiront à l'assaut de la pêche illégale en Méditerranée, qui atteint d'énormes proportions (60 000 tonnes en 2007, contre 30 000 autorisées).

 

A la barre du Steve Erwin, le fondateur de l'ONG Sea Shepherd appliquera les méthodes qui ont fait leurs preuves contre les baleiniers japonais dans les mers australes : la traque et le harcèlement des navires jugés "hors la loi".

 

M. Watson, qui porte bien ses 59 ans, se définit comme un "policier des mers". "Les gouvernements signent des tas de traités pour la protection des ressources marines, mais ne les font jamais respecter, explique-t-il à l'occasion d'un passage à Paris. C'est à nous de faire le boulot."

 

L'homme a commencé très tôt sa carrière d'activiste écologiste : "A 10 ans, dans mon petit village de pêcheurs du Canada, je nageais avec les castors, raconte-t-il. Une année, ils ont tous disparu, capturés par les trappeurs. J'ai détruit tous les pièges."

 

Il a été, à 18 ans, le plus jeune membre fondateur de Greenpeace, qu'il a quitté huit années plus tard. Depuis, il consacre sa vie à pourchasser ceux qui braconnent les phoques, baleines, dauphins, et autres requins.

 

"Chaque animal sauvé m'apporte une grande satisfaction, dit-il. Les océans sont le fondement de notre existence. S'ils meurent, nous mourrons." La méthode du capitaine Watson, musclée et risquée, est discutée. Sa dernière course-poursuite, en Antarctique, a duré trois semaines, au terme desquelles un des trois navires de Sea Shepherd, l'Ady-Gil, a été heurté par un baleinier japonais, avant de couler, le 6 janvier. Les images tournées pendant l'expédition montrent des attaques répétées au canon à eau, au pistolet à peinture et au beurre rance (qui empeste le pont).

 

"Nous restons toujours dans les limites de la loi, et personne n'a jamais été blessé par notre faute, affirme Paul Watson. C'est ceux que nous traquons qui sont hors la loi." Peter Bethune, le capitaine de l'Ady-Gil, est cependant poursuivi par le parquet de Tokyo pour "coups et blessures, entrée illégale sur une propriété privée et entrave à des activités commerciales".

 

"PARASITES"

 

"L'usage de la violence est une limite que nous ne franchissons pas, commente François Chartier, de Greenpeace. Couler des navires, même vides et à quai, comme ils l'ont fait, ou lancer des chaînes dans les hélices, ça n'est pas anodin." Pour M. Watson, Greenpeace et le Fonds mondial pour la nature (WWF) sont "des parasites qui ne pensent qu'à récolter de l'argent et ne font rien".

 

"Cela ne me dérange pas d'être traité d'écoterroriste, ajoute-t-il. C'est le lot de tous ceux qui s'opposent aux gouvernements." M. Watson ne détaille pas les méthodes qu'il emploiera en Méditerranée pour détecter et dissuader les fraudeurs, sur lesquels il dit disposer de "bonnes informations".

 

"Il est très difficile de savoir qui dépasse son quota, observe Charles Braine, chargé des océans au WWF France. Mais ces actions peuvent avoir un effet sur le respect des dates de pêche ou de l'interdiction des survols aériens." Pour M. Braine, l'action de Sea Shepherd et celle du WWF sont "complémentaires." "[Paul Watson] attire l'attention sur le manque de moyens pour faire respecter les règles en haute mer", observe-t-il.

 

La pêche illégale est une des causes de la surexploitation du thon rouge de Méditerranée. Après l'échec de la proposition d'inscription de l'espèce à la Convention sur le commerce international des espèces menacées d'extinction (Cites), une centaine de bateaux devront se partager 13 500 tonnes de quotas.

 

"Si M. Watson s'attaque à la pêche illégale, nous serons d'accord avec lui, dit Pierre-Georges Dachicourt, le président du comité des pêches français. S'il vient provoquer des pêcheurs qui sont dans leur droit, on saura se défendre."

 

Gaëlle Dupont - Le Monde