lun.

19

avril

2010

Une hécatombe d'abeilles en Loire-Atlantique

Cliquez pour agrandir

Les colonies d'abeilles du département sont dévastées à 40 %, selon la Fédération des apiculteurs. Une telle mortalité de pollinisateurs n'a pas été observée depuis 15 ans. Elle semble multicausale. Entretien avec Émilie Schoelinck, coordinatrice de la Maison de l'Apiculture de Nantes.

L'épidémie qui frappe actuellement les abeilles est, selon les apiculteurs, d'une ampleur jamais vue depuis 15 ans. Que se passe-t-il ?

 

 

Les abeilles s'éteignent par milliards depuis quelques semaines. C'est un constat que l'on dresse dans les Pays de la Loire comme en Bretagne, avec une mortalité allant de 30 % à 98 % selon les secteurs. Dans le département, nous avons l'exemple d'un rucher détruit à 100 % à Nozay. Dans une autre exploitation de Guérande, une seule ruche survivante pour 52 détruites ! On estime que 40 % du rucher de Loire-Atlantique est mort.

 

Comment l'épidémie se manifeste-t-elle ?

 

Nous observons des ruches pleines de miel et de nourriture, mais plus d'abeilles. L'abeille intoxiquée par les insecticides ne rentre pas à la ruche, elle meurt sur place. Aucun cadavre à proximité. Du coup, les essaims de printemps s'épuisent et disparaissent. Alors que l'apiculture connaît un succès croissant, nous ne disposons d'aucun essaim pour satisfaire à la demande.

 

On parle aussi du frelon asiatique.

 

Le frelon asiatique, prédateur des hyménoptères, s'est acclimaté en France en 2005. Il est actuellement aux Herbiers et sera cet été en Loire-Atlantique. Il construit des nids très volumineux en papier. Il tue l'abeille en la décapitant. Quatre frelons, postés à l'entrée d'une ruche, peuvent tuer 50 000 abeilles en peu de temps. 450 pièges à frelons ont été distribués.

 

Les insecticides, premiers responsables de ce crime sans cadavre ?

 

On vient d'apprendre que le ministère de l'Agriculture vient d'autoriser la remise sur le marché d'un insecticide dangereux. Le processus mortel est bien connu, c'est celui de la guttation. Les plantes (maïs, pommes de terre, betteraves, toutes les plantes) exsudent les pesticides par les feuilles. Une abeille butinant une gouttelette secrétée par le feuillage d'un jeune plant meurt en quelques minutes. Même processus dans le cas du colza en fleur, quand il est traité et que les abeilles butinent.

 

On a le sentiment que rien n'avance, alors que tout le monde veut le bien des abeilles, et que la sympathie du public vous est acquise. Sur quels leviers n'avez-vous pas appuyé ?

 

Il est clair que les jachères fleuries au bord des autoroutes, c'est bien joli, mais ça ne change rien. Sommet de Copenhague, Grenelle de l'environnement, année de la biodiversité et tutti quanti... Mais pour quels résultats ? Les apiculteurs professionnels (12 dans le département, pour 700 amateurs) sont scandalisés. Il nous faut absolument rencontrer le ministre de l'Agriculture. Le problème ne se réglera qu'au niveau politique.

 

 

Recueilli par Daniel MORVAN.

Ouest-France